Le Pacte de l’Auto

Avant l’adoption du Pacte de l’Auto en 1965, le marché canadien de l’automobile était protégé par des tarifs douaniers. Seulement 3% des voitures vendues au Canada étaient fabriquées aux États-Unis et seulement 7% des voitures fabriquées au Canada étaient exportées aux États-Unis. Cependant, malgré la protection des tarifs douaniers, la plupart des pièces utilisées dans la fabrication de voitures au Canada étaient de fabrication américaine.

En 1965, le Canada et les États-Unis signèrent le Pacte de l’Auto. Le Canada élimine ses tarifs douaniers et ouvre son marché aux américains. En échange, les fabricants américains s’engagent à maintenir un quota de production au Canada : 60% des voitures vendues au Canada seront fabriquées au Canada. Le Canada s’engage aussi à ne pas signer un tel traité avec un autre pays.

Ce traité aura un impact majeur sur l’économie canadienne. En 1968, trois ans seulement après la signature du traité, 60% des voitures fabriquées au Canada étaient exportées aux États-Unis et 40% voitures vendues au Canada étaient fabriquées aux États-Unis.

La plupart des emplois crées au Canada le furent dans le sud de l’Ontario. L’industrie automobile supplanta alors l’industrie des pâtes et papiers pour devenir l’industrie numéro 1 au Canada.

Pourquoi au sud de l’Ontario? Parce que la capitale américaine de l’automobile était Détroit et les américains ont décidé de s’installer juste en face de Détroit, de l’autre côté de la rivière à Windsor.

Détroit et Windsor

Donc, en échange de l’ouverture de son marché automobile aux américains, le Canada obtient un quota de production au Canada. Or, le marché canadien, ce sont les voitures achetées et en Ontario et au Québec et dans l’Ouest et dans les provinces maritimes. Mais le Canada n’a pas demandé des quotas de production et en Ontario et au Québec et dans l’Ouest et dans les provinces maritimes. L’industrie canadienne s’est donc concentrée là où elle était déjà, devant Détroit, capitale américaine de l’industrie automobile.

Qu’auraient donc été les choses si on avait dit que, puisque le marché québécois représentait un quart du marché canadien, un quart des quotas de production au Canada serait alloué au Québec? N’aurions-nous pas développé nous aussi notre industrie automobile? Pourquoi pas? Nous construisons bien des trains, des wagons de métro et des avions.

Le levier de l’accès au marché québécois a donc été utilisé pour développer l’industrie ontarienne. Et alors que notre marché intérieur n’avait plus la protection des tarifs douaniers, comment une hypothétique industrie québécoise de l’automobile aurait-elle pu alors se développer? Sans oublier que le Pacte de l’Auto interdisait au Canada de signer un tel traité avec d’autres pays, bloquant ainsi d’autres éventuels débouchés internationaux.

Il s’agit d’un traité qui a changé la face de l’économie canadienne, il s’agit de décisions politiques où on a troqué l’ouverture à notre marché québécois au bénéfice du sud de l’Ontario où se concentrait déjà, pour des raisons géographiques, l’industrie canadienne de l’automobile.

De plus, avant le Pacte de l’Auto, le Canada avait un important déficit commercial avec les États-Unis dans le secteur automobile MALGRÉ la protection des tarifs douaniers. Peut-on donc penser qu’il en coûtait moins cher de produire aux États-Unis? Peut-on donc logiquement penser qu’il en coûtait plus cher de produire au Canada? Peut-on penser alors que ce coût de production plus élevé augmentait un peu le prix de vente des voitures? Peut-on donc penser que les fabricants nous ont fait payer un peu plus cher les voitures que nous achetions pour financer leurs investissements dans le sud de l’Ontario? Dois-je donc comprendre que, pour des raisons politiques, géographiques et géopolitiques, une partie du capital, fruit de notre travail, a été canalisée pour aller enrichir l’Ontario?

Et depuis l’abolition du Pacte de l’Auto en 2001, avec la hausse du dollar canadien, la crise financière de 2008 (que le Québec a relativement bien traversé) et la concurrence des fabricants asiatiques, l’industrie automobile ontarienne connait des heures difficiles. Le gouvernement fédéral vient en aide à l’industrie automobile ontarienne, le gouvernement fédéral investit 10,6 milliards de dollars dans le sauvetage de General Motors en 2009, et 20% de cet argent provient des impôts québécois.

Donc après avoir utilisé le levier de l’ouverture à notre marché pour développer l’industrie ontarienne et après nous avoir fait payer nos voitures un peu plus cher au profit de l’Ontario, on nous saigne un peu plus de notre capital pour aider l’Ontario.

Il ne s’agit pas d’un vaste complot, il s’agit des forces géopolitiques et économiques qui, à l’échelle d’un continent, drainent nos forces et nos ressources hors de nos frontières. C’est le sort d’une nation privée d’un partie de ses moyens.

Le Pacte de l’Auto a été signé dans les années soixante, bien avant l’élection du Parti Québécois.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s